Mercredi 17 décembre 2008 3 17 /12 /2008 12:54

Petite plongée, cette nuit, dans l'univers fascinant des urgences... Vers 1h30, 2h, je commence à ressentir une forte douleur sur le côté droit. Persuadé qu'il s'agit d'une crampe, j'essaie de me détendre et de m'endormir. Mais la douleur ne cesse pas et, peu à peu, je commence à m'inquiéter. Surtout que je n'ai jamais eu l'appendicite... Le temps de me convaincre de me bouger je me lève et appele les urgences de divers hopitaux. Pompidou me renvoie sur Cochin, Cochin sur le Val-de-Grâce, etc. Personne n'a de lit. Donc on pourrait me diagnostiquer mais pas me soigner... chouette... Un des internes que j'ai eus m'a quand même dit que je devais aller à Pompidou (et pas chez lui...), que c'était mon droit, qu'ils devaient me diagnostiquer et, le cas échéant, m'emmener en ambulance vers un hôpital où je serais immédiatement opéré. Ca, c'est dans ses rêves... Je finis par m'adresser à une clinique où l'on me passe au téléphone l'interne. Une voix qui semble sortir du fond des âges et des civilisations, mi-brahamane, mi-rebouteux, me parle une langue exotique et je finis par comprendre qu'il m'invite à venir. Je me retrouve dans la rue glaciale à 3h du matin, sur la place Cambronne, lieu le moins inanimé de mon quartier inanimé et là je comprends pourquoi, malgré la parfaite tranquillité du XV°, j'aimerais parfois habiter dans un quartier qui bouge plus. Pas une âme qui vive, pas un taxi. Je finis par arriver aux urgences. Enfin un bien grand mot pour une petite rue à l'éclairage blafard où se trouve une sonnette - qui évidemment ne marche pas... Car en fait tout est prévu : le soin est ardu à obtenir, il faut le mériter, it's the struggle for life ! Je vois donc une grille devant moi, et derrière une petite cour sombre et insalubre. Après avoir rappellé la clinique, j'entends enfin un bruit de pas, lent et traînant qui se fait peu à peu plus distinct. Mine de rien, la nuit, c'est flippant... Mon rebouteux arrive devant moi et je le suis dans la cour. Là, il ne retrouve plus la porte d'entrée et me dit quelque chose comme « je vais vous examiner dans la cour »... Mais où suis-je tombé ? Je me vois dans un dispensaire d'urgence en pleine brousse dans un pays en guerre en Afrique. Bon en fait il n'a pas du vraiment dire ça mais avec le contexte et son air perdu, ca y ressemblait... Nous finissons par trouver la porte et par monter dans les étages. Là une infirmière l'engueule de m'avoir accepté, vu que normalement, ils ne prennent que les urgences qui leur sont amenés par l'hôpital. Traduisez : ce petit gars n'a pas l'air si mal en point, que fout-il là ? Le médecin lui dit que ca se fait et veut me faire attribuer un lit dans une chambre double (sinon c'est tarif luxe) et m'y examiner. Là, l'infirmière, dans un élan de bon sens, lui fait remarquer que c'est pas très cool pour la personne qui partage la chambre de rallumer la lumière en pleine nuit pour m'examiner. Elle le convainc donc, ô idée lumineuse, de m'examiner... dans la salle d'examen ! C'est vrai çà, fallait y penser. Nous voilà repartis, à pas lents, vers la salle d'examen. Là - et je passe sur les nombreuses minutes passées à chercher la bonne clé pour y arriver - il m'examine rapidement et finalement me fait passer la douleur : je ne sais pas si c'était la peur d'être soigné par lui ou de rester dans un endroit si peu sympathique, toujours est-il que soudain, j'allai mieux. Il ne voulait pas me faire passer d'examen, me disant que je verrais demain le Dr X mais qu'il valait mieux passer la nuit là. Gloups ! Rester ici simplement pour le plaisir de dormir dans cet endroit funeste... je préférai repartir. Il me dit : pour repartir, tu vas tout droit et tu prends l'ascenseur jusqu'au sous-sol. Arrivé au bout du « tout droit » je finis par me dire qu'il faut emprunter le seul ascenseur existant même s'il m'est totalement interdit à moi, non-initié à la science. Je me retrouve dans un grand monte-charge, pardon monte-cadavre et la descente commence... Et là... le sénario cauchemard : sous-terre mon portable ne passera pas, ce vieux monte-charge pourri va se bloquer, je ne pourrai pas appeler et la douleur se fera de plus en plus forte. Je me recroquevillerai sur mon appendicite non décelée et je mourrai misérablement, à la fois de péritonite aiguë, de fatigue, de faim et de désespoir... J'imagine les titres du Parisien : « un étudiant retrouvé mort dans les sous-sol d'une clinique »... J'arrive enfin à l'étage voulu. Plafond bas. Lumière blafarde et faible. Longs couloirs. Nombreuses portes toutes plus surchargées les unes que les autres de traumatisants panneaux d'interdiction. « Attention danger » ! « Privé » ! « Ne pas aller plus avant » ! Je m'engage dans un long couloir où je dois me baisser tant il est bas de plafond. Au-dessus de ma tête courrent des cables électriques et des évacuations d'eau. Je me sens comme dans un jeu PC de sniper - non que j'y ai beaucoup joué, certes, mais le peu que mes collègues de collège  tentaient de m'inculquer en la matière ressemblait à cette ambiance glauque et inquiétante. J'imagine que le compteur de lumière n'en a plus pour longtemps... Je vais rester là, à errer pour l'éternité... A ma droite, un brancard abandonné : ce doit être celui du dernier malheureux qu'on a descendu là. Je finis par franchir moult portes et trouver une sortie de secours vers la cour sordide du début ! Level completed ? J'ai gagné le niveau 1 ? Je passe au niveau 2 ? Ou bien ai-je échoué et dois-je reprendre le jeu depuis le début ?L'air glacial me semble délicieux, je n'ai plus mal, non plus du tout, je vous le jure, laissez-moi partiiiiiiiiiiiir ! et je me faufile dans les rues désertes vers mon petit chez moi pour trois heures de somme avant de repartir à l'assaut de cet établissement.  

Par Nicolas - Publié dans : Chroniques
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Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /2008 22:26
Voilà une chanson d'Edith Piaf que j'aime beaucoup (la chanson, enfin tout Piaf aussi). Le rythme de la musique traduit à merveille le mouvement de la foule, tel qu'il semble parfois nous entraîner inexorablement.





Par Nicolas
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Samedi 13 décembre 2008 6 13 /12 /2008 20:20
Par Nicolas - Publié dans : Chroniques
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Mardi 9 décembre 2008 2 09 /12 /2008 14:45

Faisons suite au billet précédent, et mettons en pratique l’optimisme que je développais jusque là théoriquement (c’est un peu de la psychologie du café du commerce mais bon…) Donc, l’application concrète de mon propos sur la tristesse, c’est d’ériger l’optimisme en art de vivre. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre tous les événements du bon côté. Comment transformer une tuile en événement heureux ? La réponse en images !

L’autre jour, j’allai à la laverie. Là, je mélange les couleurs sans faire attention. J’avais un tee-shirt rouge vieux et horrible car tout délavé. Je me disais, celui-là au moins, il ne pourra pas dégorger ! C’était sans compter sur les ressources de ce petit malin. Je rajoute dans la machine le reste de mon linge (dont une chemise pas trop moche couleur blanc cassé, avec un genre de « reflet » que donne la matière synthétique). Une heure plus tard, le tee-shirt incriminé avait rosi l’ensemble de la machine… Dans un élan sacrificiel d’une grande générosité, le vieillard avait tenu à distribuer équitablement à mes vêtements le peu de rouge qu’il lui restait. Je l'avais sous-estimé : il avait la noblesse du pélican, qui, lorsqu'il n'a plus rien pour nourrir ses petits, se perce la poitrine avec le bec, pour leur donner son sang à boire. La chemise a donc aujourd’hui une couleur indéfinissable, ni rose, ni blanc, enfin je suis incapable de la décrire. Petit moment de grmblrgrmbl. Puis, voyons le bon côté : me voilà l’heureux propriétaire d’une chemise d’une teinte parfaitement unique ! Quand vous pensez que les pauvres couturiers du roi vicelard ont galéré pour confectionner une robe couleur du temps à Peau d’âne. Ben moi je l’ai cette couleur du temps ! Fastoche !

Par Nicolas - Publié dans : Chroniques
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Jeudi 4 décembre 2008 4 04 /12 /2008 19:12

Aristote, Des Parties des animaux, III, X.

Rabelais, Gargantua, « Avis au lecteur ».

Une de mes citations préférées est une phrase de Flaubert : « Prennez garde à la tristesse, c’est un vice ».

C’est ce que je me répète des dizaines de fois, compulsivement, lorsque je sens la tristesse m’envahir. En fait, il y a plusieurs remèdes : Flaubert, le chocolat – ma consommation est énorme ! –, l’humour. Lorsque j’étais enfant, je ne comprenais pas pourquoi ma mère préférait les comédies aux drames. Moi, les drames au cinéma ou les tragédies classiques, cela me plaisait. Et aujourd’hui je comprends. Je zappe vite les documentaires sur les divers génocides et famines autour du globe, pourtant si importants, je ne vais plus voir pratiquement que des films drôles. Parmi les derniers, il y a eu : Le Crime est notre affaire, Vilaine, Musée haut, musée bas et… Everything is perfect. Cherchez l’intrus ! Le premier est un policier, enfin plutôt une comédie policière d’après Agatha Christie, comme je les aime. Le second est une comédie assez délirante et bien sympathique, le troisième une comédie de Jean-Michel Ribes (un de mes maîtres à penser ! Il faudra que j’écrive un billet sur mes maîtres à penser !), qui sous couvert d’absurde, aborde des thèmes passionnants. Enfin, Everything is perfect est un drame québécois. Bon, j’étais invité à l’avant première, sinon je ne l’aurais probablement jamais vu, je crois. Le film sortira en janvier 2009 et aborde le thème délicat des suicides d’adolescents. Evidemment pas le genre de sujets donc j’avais besoin en ce moment. Et pourtant – et voilà pourquoi il faut accepter de remettre nos classifications en cause – j’ai bien aimé. D’ailleurs, le réalisateur n’hésite pas à introduire de l’humour dans le drame, humour bienvenu et jamais déplacé. Bref… allez le voir ! Et puis hier soir, La Vie moderne. Un documentaire assez pessimiste sur les paysans des Cévennes. Disons que là, c’était histoire de faire connaissance avec un nouvel ami (rencontré par facebook), donc je n’ai pas été trop embêtant sur le choix. Tout cela pour dire que l’humour est essentiel (on note la profondeur de cette réflexion !) quand on a du vague à l’âme mais aussi assez intrigant. On rit facilement, sans toujours savoir pourquoi l’on rit. Et c’est ce mécanisme du rire qui est assez passionnant et qui me travaille actuellement. Et je crois que par le rire, on peut faire passer beaucoup d’idées, autant que par le drame. Jean-Michel Ribes encore, mais j’en reparlerai. Hier, j’étais en cours dans un séminaire peu passionnant, à côté d’une demoiselle (qui me connaît par FB !) et nous notions les blagues du prof. Elles étaient mauvaises pour la plupart mais ce qui faisait surtout pencher nos notations vers le bas, c’était l’exaspération de voir le fan club dudit prof (les trois premiers rangs, quoi) s’esclaffer à chacune des blagues de son mentor. Donc, après avoir sorti neuf blagues nulles, la dixième, même bonne, nous consternait. J’en tire donc la conclusion que le rire est relatif : ce qui nous eût fait sûrement rire dans une autre bouche nous semblait ici affligeant. Et, après en avoir entendu dire tant de mal, je n’ai peut-être beaucoup ri devant le film de Ribes que parce que je savais qu’il était de lui et que je l’admire depuis longtemps. Qui sait ? Nous sommes pleins de mauvaise foi face à nous-mêmes. Je crois que c’est envers moi que je suis le plus et le plus souvent de mauvaise foi. Mais là encore j’y reviendrai. Tout cela pour dire que le rire est une thérapie, est bon, est salutaire. Et d’ailleurs quoi de plus efficace chez Umberto Eco pour stigmatiser l’Eglise que de prétendre qu’elle condamnerait le rire ? Forcément cela scandalise. D’ailleurs, à propos du rire, j’en discutais il y a 5 ans environ avec un ami. Il me disait que les anges rient peut-être, se font de bonnes blagues ! (Là n’est pas la question de savoir s’ils existent ou pas, je vous rassure, c’est une question purement intellectuelle sur la possibilité, si les anges existent, de leur rire). Je lui ai répondu que non, que cela était impossible. Le rire est une « activité » purement humaine. C’est le propre de l’homme. Ce n’est d’ailleurs pas de moi, mais Marcel Pagnol le redit dans le Schpountz : les anges ne rient pas, les animaux ne rient pas. C’est vrai, on n’a jamais vu un animal rire. Et si, plus que la condamnation de l’inceste et l’inhumation des morts, le rire était vraiment LA qualité de l’homme, ce qui fait qu’il est un homme ? Ma question est purement oratoire vu que j’en suis persuadé. La question d’une noblesse tragique face à un comique bas et trivial est donc stérile. Je crois qu’il est aussi noble de faire rire que de faire pleurer et le drame n’a pas l’apanage de la portée didactique : castigat ridendo mores.


Le Crime est notre affaire, film français de Pascal Thomas d’après le roman d’Agatha Christie. Avec Catherine Frot, André Dussollier, Claude Rich… Sortie le 15 octobre 2008.

Vilaine, film français de Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit. Avec Marilou Berry, Frédérique Bel, Pierre-François Martin-Laval…  Sortie le 12 novembre 2008.

Musée haut, musée bas, film français de Jean-Michel Ribes. Avec Michel Blanc, André Dussollier, Josiane Balasko, Victoria Abril… Sortie le 19 novembre 2008.

Everything is fine, film canadien d’Yves-Christian Fournier. Avec Maxime Dumontier, Chloé Bourgeois, Maxime Bessette… Sortie le 7 janvier 2009.

La Vie moderne, film français de Raymond Depardon. Sortie le 29 octobre 2008.

Le Schpountz, film français de Marcel Pagnol. 1938.

 

Crédit photographique : Daniel Fouray.

Par Nicolas - Publié dans : Chroniques
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