Petite plongée, cette nuit, dans l'univers fascinant des urgences... Vers 1h30, 2h, je commence à ressentir une forte douleur sur le côté droit. Persuadé qu'il s'agit d'une crampe, j'essaie de me
détendre et de m'endormir. Mais la douleur ne cesse pas et, peu à peu, je commence à m'inquiéter. Surtout que je n'ai jamais eu l'appendicite... Le temps de me convaincre de me bouger je me lève
et appele les urgences de divers hopitaux. Pompidou me renvoie sur Cochin, Cochin sur le Val-de-Grâce, etc. Personne n'a de lit. Donc on pourrait me diagnostiquer mais pas me soigner...
chouette... Un des internes que j'ai eus m'a quand même dit que je devais aller à Pompidou (et pas chez lui...), que c'était mon droit, qu'ils devaient me diagnostiquer et, le cas échéant,
m'emmener en ambulance vers un hôpital où je serais immédiatement opéré. Ca, c'est dans ses rêves... Je finis par m'adresser à une clinique où l'on me passe au téléphone l'interne. Une voix qui
semble sortir du fond des âges et des civilisations, mi-brahamane, mi-rebouteux, me parle une langue exotique et je finis par comprendre qu'il m'invite à venir. Je me retrouve dans la rue
glaciale à 3h du matin, sur la place Cambronne, lieu le moins inanimé de mon quartier inanimé et là je comprends pourquoi, malgré la parfaite tranquillité du XV°, j'aimerais parfois habiter dans
un quartier qui bouge plus. Pas une âme qui vive, pas un taxi.
Je finis par arriver aux urgences. Enfin un bien grand mot pour une petite rue à l'éclairage blafard où se trouve une sonnette - qui évidemment ne marche pas... Car en fait tout est
prévu : le soin est ardu à obtenir, il faut le mériter, it's the struggle for life ! Je vois donc une grille devant moi, et derrière une petite cour sombre et
insalubre. Après avoir rappellé la clinique, j'entends enfin un bruit de pas, lent et traînant qui se fait peu à peu plus distinct. Mine de rien, la nuit, c'est flippant... Mon rebouteux arrive
devant moi et je le suis dans la cour. Là, il ne retrouve plus la porte d'entrée et me dit quelque chose comme « je vais vous examiner dans la cour »... Mais où suis-je tombé ? Je
me vois dans un dispensaire d'urgence en pleine brousse dans un pays en guerre en Afrique. Bon en fait il n'a pas du vraiment dire ça mais avec le contexte et son air perdu, ca y ressemblait...
Nous finissons par trouver la porte et par monter dans les étages. Là une infirmière l'engueule de m'avoir accepté, vu que normalement, ils ne prennent que les urgences qui leur sont amenés par
l'hôpital. Traduisez : ce petit gars n'a pas l'air si mal en point, que fout-il là ? Le médecin lui dit que ca se fait et veut me faire attribuer un lit dans une chambre double (sinon
c'est tarif luxe) et m'y examiner. Là, l'infirmière, dans un élan de bon sens, lui fait remarquer que c'est pas très cool pour la personne qui partage la chambre de rallumer la lumière en pleine
nuit pour m'examiner. Elle le convainc donc, ô idée lumineuse, de m'examiner... dans la salle d'examen ! C'est vrai çà, fallait y penser. Nous voilà repartis, à pas lents, vers la salle
d'examen. Là - et je passe sur les nombreuses minutes passées à chercher la bonne clé pour y arriver - il m'examine rapidement et finalement me fait passer la douleur : je ne sais pas si
c'était la peur d'être soigné par lui ou de rester dans un endroit si peu sympathique, toujours est-il que soudain, j'allai mieux. Il ne voulait pas me faire passer d'examen, me disant que je
verrais demain le Dr X mais qu'il valait mieux passer la nuit là. Gloups ! Rester ici simplement pour le plaisir de dormir dans cet endroit funeste... je préférai repartir. Il me dit :
pour repartir, tu vas tout droit et tu prends l'ascenseur jusqu'au sous-sol. Arrivé au bout du « tout droit » je finis par me dire qu'il faut emprunter le seul ascenseur existant même
s'il m'est totalement interdit à moi, non-initié à la science. Je me retrouve dans un grand monte-charge, pardon monte-cadavre et la descente commence... Et là... le sénario cauchemard :
sous-terre mon portable ne passera pas, ce vieux monte-charge pourri va se bloquer, je ne pourrai pas appeler et la douleur se fera de plus en plus forte. Je me recroquevillerai sur mon
appendicite non décelée et je mourrai misérablement, à la fois de péritonite aiguë, de fatigue, de faim et de désespoir... J'imagine les titres du Parisien : « un étudiant retrouvé mort
dans les sous-sol d'une clinique »... J'arrive enfin à l'étage voulu. Plafond bas. Lumière blafarde et faible. Longs couloirs. Nombreuses portes toutes plus surchargées les unes que les
autres de traumatisants panneaux d'interdiction. « Attention danger » ! « Privé » ! « Ne pas aller plus avant » ! Je m'engage dans un long couloir où
je dois me baisser tant il est bas de plafond. Au-dessus de
ma tête courrent des cables électriques et des évacuations d'eau. Je me sens comme dans un jeu PC de sniper - non que j'y ai beaucoup joué, certes, mais le peu que mes collègues de collège
tentaient de m'inculquer en la matière ressemblait à cette ambiance glauque et inquiétante. J'imagine que le compteur de lumière n'en a plus pour longtemps... Je vais rester là, à errer
pour l'éternité... A ma droite, un brancard abandonné : ce doit être celui du dernier malheureux qu'on a descendu là. Je finis par franchir moult portes et trouver une sortie de secours vers
la cour sordide du début ! Level completed ? J'ai gagné le niveau 1 ? Je passe au niveau 2 ? Ou bien ai-je échoué et dois-je reprendre le jeu depuis le début ?L'air glacial me
semble délicieux, je n'ai plus mal, non plus du tout, je vous le jure, laissez-moi partiiiiiiiiiiiir ! et je me faufile dans les rues désertes vers mon petit chez moi pour trois heures de
somme avant de repartir à l'assaut de cet établissement.
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Derniers Commentaires