Théâtre

Vendredi 19 juin 2009 5 19 06 2009 10:25

Par Nicolas - Publié dans : Théâtre - Communauté : Théâtre on line !
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 2 mars 2009 1 02 03 2009 12:55
"Ahhh Cyrano que c'est beau !"... aurait pu dire Madame Michu dans le foyer de la Comédie-Française. Une Madame Michu qui fut sans doute à la fête hier soir. Pensez donc, Cyrano ! Mais pas n'importe lequel voyons, pas avec ces stupides dictions intelligibles ni ces ridicules mises en scène qui émeuvent, non rien de tout cela, mais un bon vrai Cyrano, avec de l'action et de la pétarade, du glamour et des paillettes. Ouf !

C'est le Cyrano de Podalydès. Qui ne respecte pas le texte (début refondu en un hommage aux sociétaires honoraires, pourquoi pas...), ni la lettre ("Enfin, je l'aime. Il faut d'ailleurs que je vous die /
Que je ne l'ai jamais vu qu'a la Comedie" devenant "que je vous dise"), ni l'esprit (le drame devient une farce potache). Podalydès mélange les époques (subtil moyen de parler de l'intemporalité de Cyrano ? du jamais vu...) XVI° et Belle Epoque sous couvert de montrer la représentation en train de se faire. C'est du moins ce que semble montrer le premier acte : des comédiens début XX° montent Cyrano (XIX°) dans lequel on voit Montfleury (XVII°). Mais une figure de style n'a d'intérêt que si elle sous-tend un discours. Une mise en abyme ? pourquoi pas, mais il fallait tenir le parti jusqu'au bout. Et le fil conducteur se délite rapidement, la naissance de l'amour de Roxane et Christian se faisant platement au milieu de machinistes "bonhomme". Et puis Cyrano comme allégorie du théâtre ? On a fait mieux... L'Illusion comique certes, mais pas Cyrano...

Ce sont les poètes qui viennent piller la pâtisserie de Ragueneau et qui parlent la bouche pleine. C'est pourtant Ragueneau que l'on ne comprend pas, ou au mieux un mot sur deux. Le reste de la distribution est à l'avenant, tous parfaitement oubliables. Léonie Simaga est consternante en Roxane. A part le timbre, joli, rien ne va. Outre qu'elle n'a pas le physique du rôle, elle n'a de Roxane ni la grâce, ni l'esprit. La précieuse n'est pas une greluche, il faut arrêter de penser cela ! Ce sont les précieuses qui ont affiné la langue, poli les moeurs et l'aristocratie, promu un idéal de raffinement, encouragé et protégé les poètes. Sa précieuse est une Barbie. Si elle fait encore illusion dans la belle robe de Christian Lacroix à son apparition, elle ne ressemble plus à rien [si ! à Jennifer Lopez !] dans sa combinaison d'aviateur sur le champ de bataille. Et que dire de l'interprétation ? Où est le mélange d'égoïsme et d'amour éthéré qui la rend excusable lorsque Roxane dit à Cyrano qu'il lui racontera sa bataille une autre fois, bataille dont elle n'a désormais que faire ? Savoir crier ne fait pas les héroïnes, le glissement progressif de l'amour précieux à l'amour vrai passe inaperçu, de même que la découverte de l'auteur des lettres de Christian. "Comme vous la lisez sa lettre" est débité par la voix anônante de l'enfant de CP qui lit une comptine... Alors évoquer au début Geneviève Casile qui savait ce que port et intonations veulent dire n'était peut-être pas la meilleure des idées. Et ce n'est pas vivre dans le passé que dire cela. On ne manque pas de bonnes "Roxane" (rôle pas insurmontable d'ailleurs !) : évoquons seulement Anne Suarez au théâtre ou même Nathalie Manfrino (certes c'est à l'opéra, mais si on laisse de côté toute considération technique, l'interprétation du personnage est la même). Vuillermoz n'est pas mal même s'il ne renouvelle en rien l' "air de bravoure" qu'est la tirade des nez et se complaise parfois dans une diction bougonne et peu claire. Rien d'inoubliable... Le Bret et Christian corrects, leur rôles n'en demandent pas plus. Pour rester au Français, pourquoi n'avoir pas proposé Florence Viala ou Elsa Lepoivre en Roxane ? et l'excellent Andrzej Seweryn en Cyrano (on même Gilles David) ?

Alors bien sûr il reste des pétards et de beaux décors, on dirait une mise en scène de comédie musicale de Broadway, c'est grand spectacle, c'est héroïque, Madame Michu défaille et applaudit à tout rompre !!
Mais où est Rostand ? Où sont la mélancolie et le panache, la grandeur dérisoire de l'éternel second ?
C'est racoleur et dégoulinant, citons ne serait-ce qu'un "effet poétique" : les gouttes de sang sont figurées par de gros confettis rouges et les feuilles mortes qu'évoque Roxane à la fin sont aussi des confettis rouges : oh !! le clin d'oeil !! Est-ce à dire que les feuilles mortes sont des gouttes de sang ? Joliiiii ! Le champ de bataille est une sorte de Verdun, mais... tout fleuri !! ben oui faut que ce soit zoli pour Madame Michu ! Et un avion bombarde, et il y a de la fumée dans la salle ! Mon dieu, "il y a de belles choses quand
même, hein !" On dirait du Laurent Pelly dans ses plus mauvais jours. Podalydès nous a habitués à mieux.

Salle Richelieu. La Comédie-Française. Cyrano de Bergerac, comédie héroïque en cinq actes d'Edmond Rostand. Mise en scène : Denis Podalydès. Avec : Michel Vuillermoz, Cyrano de Bergerac ; Léonie Simaga, Roxane ; Loïc Corbery, Christian ; Christian Cloarec, de Guiche ; Grégory Gadebois, Ragueneau ; Pierre-Louis Calixte, Le Bret... 01.03.2009.



Par Nicolas - Publié dans : Théâtre - Communauté : Spectacle vivant
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Vendredi 20 février 2009 5 20 02 2009 12:17

Mon œil ne pouvait bien sûr qu’être attiré par cette affiche bleu ciel/mer : César, Fanny, Marius. Trois mots familiers à ma mémoire, évocateurs de souvenirs magnifiques, du théâtre, des films, des romans de Pagnol. Je réserve donc vite une place pour profiter de la réduction de 50 pour 100 « premiers aux premières ». Et puis Jacques Weber est à l’affiche. De toute façon, quels qu’aient pu être salle, distribution, contexte, je ne peux rater un Pagnol, rarement à l’affiche à Paris. César, Fanny, Marius est une adaptation réalisée par Francis Huster, qui rassemble l’essentiel de la matière de la « trilogie marseillaise », elle-même composée de deux pièces de théâtre : Marius (1926) et Fanny (1931) et un film, César (1936), adapté dix ans plus tard pour le théâtre. Une telle adaptation n’avait rien de sacrilège – mentionnons par exemple celle de Jean-Pierre Darras dans les années 80 – et est réussie, Huster en conservant l’esprit et les scènes incontournables. Il choisit par exemple de s’arrêter avant le retour de Marius. De fait, il transpose surtour Marius et Fanny (sans la fin), et très peu César. Il place César en début de son titre, car le personnage qu’il place au centre du spectacle n’est pas Césariot (fils de Marius et héros du film César) mais César, le père de Marius. Tout se passe donc dans le cadre de son « Bar de la Marine », représenté avec une grande minutie par Thierry Flamand. Francis Huster signe aussi la mise en scène. « Pagnol n’est pas qu’un amuseur provençal, c’est au contraire un Tchekhov français qui décrypte à travers les passions amoureuses les désespoirs et les déchirures d’âme d’une jeunesse non plus fleur sèche coupée par la révolution russe mais fleur séchée par l’Europe qui fonce comme le Titanic en aveugle vers la guerre et vers Hitler », écrit-il dans Marcel Pagnol, le Poquelin de Marseille (Séguier-Archimbaud, 2009). Il ne s’agit donc pas de folklore mais d’un grand peintre de la nature humaine. Comme Irène Bonnaud, Huster montre l’universalité de Pagnol, mais à la différence du spectacle des comédiens-français, il affirme que respecter le texte, c’est « très humblement effleurer l’accent marseillais » puisque « le rythme du phrasé y oblige », c’est aussi « évidemment jouer l’époque des années trente sinon comment expliquer le drame de Fanny enceinte et forcée d’épouser Panisse pour sauver l’honneur de sa mère ». Les comédiens adoptent donc l’accent, avec plus ou moins de bonheur. Le plus souvent il sonne faux, soit insuffisant, soit caricaturé. Si on applaudit son adaptation et sa mise en scène, l’interprétation du rôle de Panisse par Huster laisse perplexe. Il occulte tout l’humour d’un tel personnage et en fait presque un vieillard libidineux et déreangeant. Alors que Pagnol, d’un claquement de doigts, d’une réplique à l’autre, nous fait sans cesse passer de l’émotion devant le drame de Fanny au franc rire. C’est Jacques Weber qui porte le spectacle sur ses épaules. Il joue un César âgé, parfois baffouillant, un peu fruste mais émouvant. Pour ses débuts au théâtre, Hafsia Herzi tire intelligemment son épingle du jeu : le personnage est crédible et bien le seul à faire résonner à Paris un véritable accent de Marseille (même si c’est un accent plus actuel que pagnolesque). Son interprétation réussie ne fait que plus ressortir le point noir de la distribution : Stanley Weber en Marius, qui réussit tout au long du rôle à ne jamais varier ses intentions ni ses intonations. L’accent est raté, le jeu tombe totalement à plat… on en vient à attendre qu’il prenne enfin la mer. Urbain Cancelier (Escartefigue) et Eric Laugérias (Monsieur Brun) sont par contre de vrais personnages de Pagnol, truculents et justes. Charlotte Kady est une Honorine attachante, Jean-Pierre Bernard, Arnaud Charrin et Serge Esposito complètent avec bonheur le plateau. Malgré ses quelques défauts, ce spectacle fonctionne, et puis la magie du texte de Pagnol opère toujours. Le jeu de Weber, Huster, Kady est peut-être moins fouillé, intellectualisé, que celui des comédiens-français (dans les mêmes rôles Gilles David montrait plus que Weber la douleur du père privé de son fils, Andrzej Seweryn était un Panisse plus humain, Catherine Ferran une plus authentique matrone) mais quelque part plus cash [oui je sais c’est honteux de n’avoir que cet adjectif pour écrire une critique après cinq ans de lettres mais je n’en trouve pas d’autres !], brut de décoffrage et par là même ces comédiens touchent au cœur de cette tragédie de petites gens : le sacrifice de Fanny me tire les larmes et je peux vous dire que la salle retenait son souffle et que les deux grands gaillards à ma droite qui rigolaient de bon cœur lors de la partie de carte avaient alors les yeux brillants !

Théâtre Antoine. César, Fanny, Marius, adaptation de Francis Huster d’après la « trilogie marseillaise » de Marcel Pagnol. Mise en scène : Francis Huster. Avec : Jacques Weber, César ; Francis Huster, Panisse ; Hafsia Herzi, Fanny ; Stanley Weber, Marius ; Urbain Cancelier, Escartefigue ; Charlotte Kady, Honorine ; Eric Laugérias, Monsieur Brun, Jean-Pierre Bernard, Le Bosco ; Arnaud Charrin, Innoncent ; Serge Esposito, Piquoiseau. 18.02.2009.

Crédit photographique : Benoït Jeannot.

 


Par Nicolas - Publié dans : Théâtre - Communauté : Théâtre on line !
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 18 février 2009 3 18 02 2009 13:31

Au dimanche 5 octobre, il est écrit « th^» sur mon agenda. Mon abréviation pour « théâtre ». Mais qu'ai-je bien pu aller voir ce jour-là ? Je ne tenais pas encore de journal à l'époque... Ce qui reporte le début de « ma » saison au 31 octobre, avec Fanny, au Théâtre du Vieux-Colombier. Je suis d'autant plus heureux d'aller voir ce spectacle que j'ai eu du mal à avoir des places et que j'aime énormément Pagnol, jusque là plutôt regardé de haut par l'intelligentsia parisienne. Pourquoi commencer par le second volet de la trilogie marseillaise ? Mais pourquoi pas ? Les trois pièces peuvent se comprendre indépendamment l'une des autres. Irène Bonnaud a choqué pas mal de puristes en faisant jouer Pagnol sans accent marseillais et en transposant l'action à notre époque. Il faut commencer par la défendre et entendre son propos : Fanny, c'est la tragédie de n'importe quelle jeune fille enceinte dans n'importe quel endroit du monde et à n'importe quelle époque AVANT la révolution sexuelle. Est-ce vraiment un hasard si - et ce que les Français savent moins - on compte de nombreux remakes jusqu'au Japon ? Irène Bonnaud cherche donc à extraire Pagnol du folklore marseillais pour montrer son universalité. Si le but est loubale, la manière n'est pas irréprochable. Là où le bât blesse c'est lorsque, dans le bar de la marine, on utilise un portable... Et ce n'est qu'entre 1999 et 2000 que le nombre d'actifs munis d'un portable passe de 34 à 49 pour 100. Donc à une époque où l'on ne parle plus de « fille-mère » et où l'on a déchargé depuis longtemps la maternité de l'obligation du mariage. Je continue à défendre Irène Bonnaud parce que nous n'avons plus Orane Demazis ni Raimu ni Charpin. Alors pourquoi ne pas proposer autre chose ? Certes, au début, entendre ces répliques si ancrées dans la culture française sans l'accent nous semble frustrant. Mais dès que l'on accepte de voir autre chose, le charme opère. Et c'est là que l'on comprend que quand César énonce sa définition de la paternité, Pagnol est vraiment universel et non réduisible à un floklore méridional. Et puis la distribution est excellente. On se demande qui mieux que Marie-Sophie Ferdane aurait pu jouer Fanny ? La comédienne a, je trouve, le physique du rôle, c'est-à-dire - j'espère ne pas choquer - une beauté populaire, celle des filles du sud et non le port des princesses classiques qui hantent le Français. Toute simple, juste, émouvante, en un mot parfaite. Catherine Ferran n'a pas besoin de kilos ni d'accent pour être une Honorine savoureuse, tout comme Sylvia Bergé en Claudine. Gilles David est un César fort en gueule et magnifique, et Andrzej Seweryn fait de Panisse rien moins que ce qu'il faut en faire : un personnage d'abord un rien agaçant qui devient un père attentionné et bouleversant.

Le 23 novembre, je vais voir, sur la proposition de Marie-Christine, Fauteuil 24 au Théâtre Aktéon. 24, c'est le numéro du fauteil qu'occupa Jean de La Fontaine à l'Académie-Française. Marie Tikova signe la mise en scène de ce spectacle, présenté au off d'Avignon avant de monter à Paris cet hiver. Elle part d'une dizaine de fables touchant à l'amour pour présenter ce spectacle de conteurs, pour une comédienne-violoncelliste (Ingrid Schœnlaub) et un comédien (Anthony Roullier). Le violoncelle installe une ambiance sonore, mais permet aussi de créer d'amusants bruitages. Chats ou lions, les deux comédiens déploient toutes les nuances du sentiment amoureux, elle plus vindicative, lui plus raffiné et poétique.

Jeudi 11 décembre, ce sont Les Deux Canards, au Théâtre Antoine. Certes cela risque d'être du gros boulevard, certes il s'agit du temple du divertissement bourgeois, certes ce théâtre est cher, mais voilà, le star-system a fonctionné, et j'avais envie de voir Isabelle Nanty sur scène. La pièce de Tristan Bernard fonctionne, mais la mise en scène manque de finesse. Autant Isabelle Nanty est parfaitement en place dans son rôle de petite bourgeoise de province, qui pense vivre, avec son amant, de grandes amours romantiques, autant Yvan Le Bolloc'h n'aurait pas dû se risquer ailleurs que dans Caméra Café. Il joue comme sur un plateau télé, et cela ne passe pas au théâtre, qui demande un peu plus d'abbatage et de sérieux. On ne peut pas refaire une scène lorsque l'on part en fou-rire, comme lui... Finalement tout repose sur la « diva », tout de même bien entourée avec Urbain Cancelier en parfait mari cocu.  Les décors toujours réussis de Stéphanie Jarre et les superbes robes créées par Emmanuel Peduzzi contribuent aussi à sauver l'ensemble.

Le lendemain, c'est La Divine Miss V, au Théâtre Hebertot. Là encore, j'ai de la chance. D'abord parce que j'étais déçu de l'avoir loupé au Théâtre du Rond-Point cet automne et parce que, lorsque j'ai vu les affiches qui annoncaient la reprise au Théâtre Hébertot, j'étais allé acheter quatre places pour le poulailler, les places jeunes à 10 €, et, le remplissage étant très médiocre, on nous a tout de suite replacés au parterre... Chouette pour nous, mais moins pour le théâtre, qui souffre de la crise. Surtout que la pièce valait vraiment le coup. La « divine Miss V », c'est Diana Vreeland, ex-directrice du Vogue américain et grande prêtresse de la mode, jusqu'à son éviction du journal en 1971. C'est à ce moment-là que nous la retrouvons sur scène, lorsque, seule dans son grand appartement vide, elle est peu à peu abandonnée de son entourage. Dans un somptueux décor d'Edouard Laug et costumée par Christian Gasc, Claire Nadeau nous prend pour confidents de ses souvenirs glorieux et de quelques phrases d'anthologie ! Le port est impérial, chaque geste étudié, car la vie de Diana Vreeland est une perpétuelle représentation, et Claire Nadeau la montre presque cabotine, qui joue son dernier grand numéro d'actrice.

Début d'une série Molière au Théâtre du Nord-Ouest, qui joue l'intégrale de ses pièces. Le 8 janvier, c'est Mélicerte. Je saute sur l'occasion de voir cette pièce puisque, inachevée, elle n'est jamais à l'affiche. Et puis cette pastorale a pour moi une signification particulière avec l'ombre du jeune Michel Baron, qui du haut de ses treize ans, jouait le jeune berger Myrtil, amoureux de Mélicerte (Armande Béjart). Et, adolescent, je m'étais pas mal intéressé à l'histoire de ce jeune comédien, fils spirituel de Molière. La production de Véronique Seltz quitte l'univers arcadien de la pastorale pour celui, en noir et rouge, d'une boîte de nuit des années 80. Et si Myrtil ne peut pas épouser Mélicerte, ce n'est pas à cause d'une différence de rang, mais parce que Mélicerte est... un garçon, partant du principe que dans la mythologie, Mélicerte est le petit-fils de Cadmos. Le pari est osé mais largement tenu : les alexandrins claquent avec force, au prix de quelques transpositions (« Charmante Mélicerte » devient par exemple « Mon charmant Mélicerte »). Les acteurs sont convaincants, avec Romain Poli, superbe Mélicerte, Janine Piguet au timbre si particulier, ou encore Garance Brin qui se fait remarquer dans son petit rôle. Une excellente surprise ! Le 15, c'est l'Ecole des maris. La mise en scène est de Jean-Luc Jeener, elle est subtile, délicate, drôle, même si je n'aime pas que l'on hachure les alexandrins pour les rendre plus naturels, comme le fait l'interprète du jeune premier. Sganarelle est formidablement joué par Pierre Sourdive et Marianne par Agnès Sourdive, toute d'engagement, de grâce, de rouerie. Le reste de la distribution n'appelle que les éloges.


Théâtre du Vieux-Colombier. La Comédie-Française. Fanny, pièce en trois actes de Marcel Pagnol. Mise en scène : Irène Bonnaud. Avec : Catherine Ferran, Honorine ; Andrzej Seweryn, Panisse ; Sylvia Bergé, Claudine ; Jean-Baptiste Malartre, Monsieur Brun ; Pierre Vial, Escartefigue ; Serge Bagdassarian, Frise-Poulet ; Marie-Sophie Ferdane, Fanny ; Stéphane Varupenne, Marius ; Gilles David, César. 31.10.2008.

Théâtre Aktéon. Compagnie Feux de la rampe. Fauteuil 24, fables de La Fontaine sur l'amour. Mise en scène : Marie Tikova. Avec : Ingrid Schoenlaub et Anthony Roullier. 23.11.2008.

Théâtre Antoine. Les Deux Canards, pièce en trois actes de Tristan Bernard. Mise en scène : Alain Sachs. Avec : Isabelle Nanty, Léontine ; Yvan Le Bolloc'h, Gélidon ; Urbain Cancelier, Béjun... 11.12.2008.

Théâtre Hébertot. La Divine Miss V., pièce de Mark Hampton et Mary Louise Wilson, adaptée par Jean-Marie Besset. Mise en scène : Jean-Paul Muel. Avec : Claire Nadeau. 12.12.2008.

Théâtre du Nord-Ouest. Compagnie de la Cime Rouge. Mélicerte, comédie pastorale inachevée de Molière. Variantes et mise en scène : Véronique Seltz. Avec : Garance Brin, Corrine ; Hervé Colombel, Lycarsis ; Karine Kadi, Eroxène ; Stéphane Perra, Acante ; Janine Piguet, Daphné ; Romain Poli, Mélicerte ; Jérôme Rodriguez, Myrtil ; Thierry Wurtz, Tyrène. 08.01.2009.

Théâtre du Nord-Ouest. L'Ecole des maris, comédie en trois actes de Molière. Mise en scène : Jean-Luc Jeener. Avec : Sylvestre Bourdeau, Valère ; Djahiz Gil, Ergaste ; Babette Grondin, Lisette ; Chloé Hollings, Léonor ; Eliezer Mellul, Ariste ; Audrey Sourdive, Agnès ; Pierre Sourdive, Sganarelle. 15.01.2009.

 

Crédit photographique pour Fanny : Brigitte Enguérand.

Par Nicolas - Publié dans : Théâtre - Communauté : Théâtre on line !
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 3 février 2009 2 03 02 2009 13:27



Nous y revoilà, à Tartuffe ! Certaines personnes qui me connaissent savent quel a été mon trouble, lors de ce premier semerstre, face à cette oeuvre. Je la trouvais virtuose et fascinante mais j'avais l'impression de ne pas parvenir  à l'appréhender, tant les différentes lectures critiques qui en ont été faites sont contradictoires. J'avais posté ici quelques pistes de réflexion sur un passage de cette oeuvre, que j'avais ensuite effacées, tant j'étais peu sûr de moi. Il s'agissait de ce que j'avais développé en partiel. Finalement, puisque j'ai eu une bonne note et que le professeur a eu la gentillesse d'y remarquer des éléments d'analyse "inédits" et "novateurs", je les retranscris ici, à le demande de Camille.

Il s'agit de la scène 6 de l'acte III (vers 1073 à 1114. On la trouve facilement sur internet, ici par exemple. Les illustrations, destinées à délasser vos yeux de cette fastidieuse lecture, sont extraites de la mise en scène de Braunschweig au Théâtre National de Strasbourg et au Théâtre de l'Odéon.

Tartuffe, un faux dévot, s'est impatronisé dans la maison d'Orgon, afin d'en capter l'héritage et en flouer Damis et Marianne, les deux enfants d'Orgon. Mais son attirance pour Elmire, la seconde épouse de son protecteur, le perdra. Malgré la sagesse de Dorine, qui a tenté de convaincre le jeune homme de se retirer (II, 1) et celle d'Elmire, qui aurait voulu qu'il tût sa découverte, Damis - qui vient de surprendre l'imposteur en train de courtiser sa belle-mère - a révélé à son père la tentative de séduction.

La scène III, 6 (v. 1073-1114) présente trois intérêts majeurs : sur le plan dramaturgique (dispositio), il s'agit d'un premier échec face à l'imposteur ; sur celui de l'elocutio, avec un Tartuffe qui établit son éthos d'homme humble ; sur la mise en place d'un arrière-plan philosophique qui pose la question des apparences.


1. Dramaturgie : un premier échec face à Tartuffe.

Tartuffe n'est pas seulement celui qui a rangé Madame Pernelle et Orgon sous son autorité morale. Le faux dévot menace le bonheur de Marianne et de Valère, celui de Damis et de la soeur de Valère, mais aussi toute la famille dont il convoite le bien. Sur le plan dramaturgique, il importe que cet imposteur ne soit pas démasqué trop tôt, il faut auparavant au moins un échec. La fonction de cette scène, après que Damis a "démasqué" l'imposteur, est de révéler l'échec de cette tentative, dû à l'aveuglement d'Orgon. Afin de ménager un rebondissement et susciter le rire par la peinture du ridicule d'un tel aveuglement - et donc corriger les moeurs puisqucar "on veut bien être méchant, mais on ne veut point être ridicule", écrit Molière dans sa préface -, Molière a recours à un stratagème : jusqu'au vers 1086, on pourrait croire que Tartuffe est démasqué. Ainsi, l'interrogation oratoire d'Orgon ("Ce que je viens d'entendre, ô Ciel ! est-il croyable ?" v. 1073) pourrait être entendue comme l'indignation du maître de maison revenu à la raison. Il faudra attendre la fin de la tirade de Tartuffe - qui paraît le confirmer - pour que l'adresse d'Orgon à son fils nous le montre comme toujours aveuglé. En effet, pendant que Tartuffe bat sa coulpe (vers 1074 à 1086), Molière ménage une ambivalence : est-ce que Tartuffe reconnaît sa tentative de séduction ("Croyez ce qu'on vous dit, armez votre courroux', v. 1083) ou ne s'accuse-t-il que du péché originel dont sont marqués tous les hommes ("je suis [...] / Un malheureux pécheur", v. 1074-1075) ? Les deux interprétations peuvent fonctionner à plein jusqu'à la réplique d'Orgon qui accuse son fils de calomnie (v. 1087-1088).



2. La rhétorique de Tartuffe

Maître du langage au moyen duquel il endort la méfiance de ses proies, Tartuffe se tire d'affaire, se crée un éthos d'homme humble. Quelle interprétation donner à sa première tirade ?

A/ La rhétorique au secours de l'imposteur

Face à une accusation extrêmement grave, la rhétorique de Tartuffe avance par paliers. Sa première tirade reste ambivalente, comme nous l'avons vu, tandis qu'après le court et vif dialogue du père et du fils, il continue d'assoir un peu plus sa bonne foi en se montrant humble et même sublime dans son pardon pour Damis. Lorsqu'il dit : "J'aimerais mieux souffir la peine la plus dure, / Qu'il eût reçu pour moi la moindre égratignure" (v. 1113-1114), Tartuffe se fait même figure christique : il accepte de souffrir à la place de Damis. Entre la première tirade de Tartuffe (v. 1074-1086) et la conclusion de notre passage (v. 1112-1114), on remarque une seconde tirade (v. 1091-1106). Celle-ci représente le passage intermédiaire dans son discours qui le mène du statut d'accusé à celui de victime magnanime. Au départ, il semble donner raison à Damis ("Et vous ferez bien mieux de croire à son rapport", v. 1192). En effet, son "rapport", c'est ce que Damis vient de rapporter et non pas l'ensemble des critiques que mènent Elmire, Cléante, Dorine, Damis et Marianne envers Tartuffe. Pourtant, après s'être auto-flagellé, Tartuffe n'imputera pas la "punition" qu'il évoquait dans sa première tirade (v. 1079) à une tentative de séduction. Cette punition est simplement "due aux crimes de [s]a vie" (v. 1106). Tartuffe ne s'accuse pas d'adultère mais de perfidie (v. 1101), de vol, d'homicide (v. 1102), dans un effet de liste qui se montre excessif et ne reflète que l'humilité de l'homme de Dieu et non la vérité d'un hypothétique péché. Ces trois temps, ces trois paliers, mènent Tartuffe à recouvrer l'estime d'Orgon - si tant est qu'il ait jamais pu la perdre.

B/ Une interpétation des vers 1074 à 1086

Voici une interprétation de la "première tirade" d'Orgon. Tartuffe espère qu'Orgon ne va pas croire Damis : plus il est attaqué et plus il se montre pieux et humble. Figure christique, il ne se défend pas face à une accusation, même fausse : "De quelque grand forfait qu'on me puisse reprendre / Je n'ai garde d'avoir l'orgueil de me défendre" (v. 1081-1082). Mais Tartuffe se dit peut-être aussi que si Orgon le croit (on ne sait alors pas encore qu'Orgon ne croit pas son fils), il adoucira sa punition en feignant un repentir sincère et la "punition" (v. 1079) n'est alors plus celle du péché originel et de tous les péchés de cet homme mais bien celle d'un moment où Tartuffe, en tant qu'homme, a cédé à la tentation : c'est "l'humaine faiblesse" (v. 1009) d'un dévot qui n'en est "pas moins homme" (v. 966).


3. Le statut des apparences

A/ L'homme "à mener par le nez"

Molière souhaite, avec Tartuffe, montrer le ridicule d'un vice afin d'en corriger son public. Peut-être autant que la prise de pouvoir d'un directeur de conscience, fustige-t-il l'aveuglement d'Orgon et de Madame Pernelle. Notre extrait annonce le vers de Tartuffe qui affirmera qu'Oronte est un homme "à mener par le nez" et qu'il l'a "mis au point de voir tout sans rien croire" (v. 1524-1526). Comme Dom Garcie de Navarre ou comme Sganarelle, Oronte ne voit plus l'évidence. Molière est ici adepte des idées hétérodoxes et sceptiques de La Mothe Le Vayer. Face à cet aveuglement, Damis utilise les termes de "feinte" (v. 1089) et le verbe séduire (v. 1107). Mais lui-même est aveuglé. Conformément à la bienséance des caractères, il est représenté fougueux, parce que jeune homme amoureux. Ce qui sera à l'acte V une qualité n'est encore qu'un défaut. Comme celui de Georges Dandin, son triomphe reste encore inexploitable.

B/ L'ironie d'une confession paradoxale

C'est lorsque Tartuffe confesse sa bassesse (v. 1098-1100° que l'aveuglement d'Orgon est le plus manifeste. Tartuffe dit à Orgon qu'il se laisse "tromper à l'apparence" (v. 1097). Alors que le public de Georges Dandin n'en savait pas plus que lui, celui d'Orgon voit la foruberie, dénoncée dans la bouche même de l'imposteur. Le public est complice de cette ironie et l'aveuglement d'Orgon n'en paraît que plus ridicule.

En guise de conclusion...

En avouant lui-même qu'il n'est "rien moins [...] que ce qu'on pense", Tartuffe s'est bien autondénoncé, même s'il le fait à dessein de convaincre encore un peu plus son protecteur de sa bonne foi. Ainsi, la critique faite à Molière de n'avoir pas suffisamment distingué vrai et faux dévot (aucun monologue, aucun aparté ne ferait de Tartuffe un manipulateur explicite) ne tient pas. Tartuffe avoue être rien moins "que ce qu'on pense" (v. 1198), comme Molière demandait qu'on le laissât jouer sa pièce afin de montrer qu'elle n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit" (premier placet). Malgré les apparences, Tartuffe est donc une caricature du faux dévot (et non du dévot), le Tartuffe dénonce - ou du moins Molière veut-il le faire entendre ainsi au parti dévot - l'hypocrisie religieuse et non la bonne religion dont Cléante se fait le défenseur.




Par Nicolas - Publié dans : Théâtre
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus